A toi Lucie, si lointaine et si proche

A toi Lucie, si lointaine et si proche

Bien sûr ! Bien sûr ! Évidemment que je suis né quelque part ! Mais, qu’est-ce que j’apprends ! Il y aurait toujours, dans ce pays, débat récurrent sur l’identité nationale ! J’ai déjà dit ce que j’en pensais au temps du consulat sarkoziste. Hélas, à la vue de ce qui surnage encore sur le glauque et infecte bouillon de l’inculture franchouillarde triomphante, il me faut bien y revenir. Alors, allons-y ! Une petite fessée de plus, ça ne peut pas faire de mal aux gars de la Marine…

Savent-ils seulement que l’Occitanie des troubadours fut terre d’idées généreuses ? Sa culture, musicale notamment, nous lie étroitement à l’ensemble du bassin méditerranéen et au continent africain. C’est pourquoi notre bon sens occitan nous dicte de nous montrer dignes de ce passé, fut-il si lointain qu’il se perde au fond de la nuit des temps…

Voici 400.000 ans, une bande d’environ 25 créatures au visage prognathe, hommes, femmes et enfants, firent une halte dans une anse sablonneuse, sur la côte de la Méditerranée. Ce groupe d’Homo erectus recherchait un emplacement pour camper. Il fixa son choix sur un point situé au sommet d’une dune de sable et protégé par une falaise de calcaire, à l’embouchure du Paillon. A cet endroit exact s’élève aujourd’hui la ville de Nice, n’en déplaise au « borgne roi des aveugles » et à son héritière ! Je descends de ces premiers hommes dont les prédécesseurs avaient abandonné les tropiques africains de leur naissance pour s’aventurer dans un climat plus rigoureux. Eux-mêmes, avaient leurs racines généalogiques plantées dans la terre africaine depuis 1,3 million d’années. Aussi, suis-je un troubadour corrézien d’Occitanie du Nord, fier de ses racines africaines.

Quant à ma généalogie « française », ascendance dont je ne suis pas moins honoré, elle remonte le fil de l’Histoire jusqu’à un chevalier du nom de Jean De La Serre. Il vivait en Quercy, capitaine de la Garde du château de Saint-Laurent-les-Tours, à Saint-Céré, au service du Vicomte de Turenne. C’était au siècle de l’illuminée de Domrémy. Ma famille fut donc « française » bien avant celle d’un ex occupant hongrois de l’Élysée. Ce dernier, à l’instar des adorateurs de la sainte flamme tricolore, n’en est pas moins pour autant aussi « africain » que moi ! Voilà pourquoi je ne suis pas très enclin à fanfaronner d’une France que l’on imposerait à coups de rafles ou de ratissages. M’expédiera-t-on, puisque je n’aime pas « cette » France-là, rejoindre les cendres de ma très lointaine grand mère Lucie, à la pointe de l’Afrique ? Voici donc exprimée une nouvelle fois la détermination avec laquelle je défends ma non identité « sarkonationale » d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Quelle que soit la meilleure façon de danser à la mode du moment, fut-ce la « Valls », je n’y changerai rien. Tel demeurera mon combat d’écrivain, d’auteur compositeur, de chanteur.

Il n’y a pas si longtemps, une majorité parlementaire, devenue à présent « biminoritaire », votait la prescription des crimes de guerre antérieurs à 30 années, rayant ainsi les martyrs de Tulle et d’Oradour-sur-Glane des cartes de la mémoire collective des générations futures. Ces fiers élus du suffrage semi universel étaient également les meilleurs tenants du nettoyage de cités et de camps de gens du voyage. Ces preux étaient de valeureux et courageux petits soldats du karcher. J’aimerais pouvoir nourrir l’absolue conviction que leurs successeurs, drapés dans le rideau de fumée de beaux et généreux discours, ont complètement renoncé à cette forme de chevalerie. Le problème des yourtes en Haute-Vienne, ou la violence avec laquelle ont déloge des squatters contestataires à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, ne tend-il pas à laisser penser que le système est toujours là : in – Vinci – ble !

Tout cela est préoccupant. Mais, pour en revenir aux Roms, sait-on, par exemple, qu’entre 250 000 et 500 000 Tsiganes sur les 700 000 qui vivaient en Europe, furent exterminés pendant la seconde guerre mondiale par les nazis et leurs alliés. Ce génocide souvent oublié porte le nom de Samudaripen. L’absence dans nos livres scolaires de cette historique tragédie suffit déjà, à elle seule, à constituer un affront national ! Samudaripen, Shoah, Génocides Iroquois, Apache, Sioux, Inca, Aborigène, Arménien, Bosniaque, Cathare… Où est la différence ? L’intolérable reste toujours intolérable et il déshonore l’humanité.

Il faut aussi connaître, lorsqu’on se prétend lié à la musique, ce que Tziganes et Roms ont apporté à l’univers musical français et européen. Au moins autant que le Blues et le Rock venus d’outre Atlantique ! Dans la musique des troubadours d’Occitanie ne décèle-t-on pas d’heureux métissages entre influences arabe, celte, tzigane ?

Non. Vraiment… Par les temps qui courent, il n’y a pas que des motifs de fierté à être français ! Certes, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois en conclusion de mes coups de gueule : « J’attrape des ennemis comme ma chienne attrape des puces parce que je suis « alambriste » de gauche. Mais, rassurez-vous, dès que je me gratte énergiquement, ils tombent ! Alors, redevenu plus léger… je vole. On voit les choses de plus haut avec des ailes de citoyen du monde !

                                                                                                                         Affieux, le 7 décembre 2012

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